La fête de la Saint Nicolas en classe de FLE

 

 

 La fête de la Saint Nicolas.


 

 Dossier réalisé par Emilie Thieuw.

Cours d’Anthropologie culturelle de la France et de la francophonie

Professeur : M.J. Berchoud

Université de Dijon - 2005/2006 

 

 

 

 

 

 

 

 


SOMMAIRE

 

 

Introduction.........................................................................................................

 

 

 

1. La fête de la Saint Nicolas. ............................................................................

 

1.1. En France......................................................................................................

 

1.2. En Belgique et en Suisse...............................................................................

 

 

 

2. La Saint Nicolas en classe de F.L.E. ............................................................

 

2.1. Quelles classes de F.L.E. ? ..........................................................................

 

2.2. Quand introduire la fête dans la classe de F.L.E. ?.......................................

 

2.3. Comment introduire la fête dans la classe de F.L.E. ?..................................

 

 

 

3. Conclusion......................................................................................................

 

 

 

4. Documents annexes.......................................................................................

 

 

 

4.1. Paroles de chansons et de comptines enfantines.........................................

 

4.2. Une recette traditionnelle de la Saint Nicolas................................................

 

 

 

Bibliographie.......................................................................................................

 

 



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Introduction

 

Pourquoi apprend-on une langue ? La réponse que l’on entend souvent, aussi bien par les spécialistes que par les apprenants eux-mêmes c’est : « l’envie d’exotisme et de connaître une culture différente ». Pourtant, un des rôles du professeur de langue, d’un point de vue anthropologique, est de créer des liens entre les cultures et il me semble difficile de créer ces liens sans point d’attache commun aux deux cultures (c'est-à-dire entre la culture cible et la culture d’origine). Il faut donc commencer par créer des liens à partir de similitudes entre ces deux cultures. En règle générale, cela est assez aisé si on enseigne une langue et une culture romane européenne à des apprenants européens de langue romane (par exemple enseigner le français à des Italiens ou des Portugais), parce que les différences culturelles sont beaucoup moins marquantes. On constatera par exemple que les heures des repas, l’organisation familiale, et de nombreuses fêtes sont (quasi-)communes aux différentes cultures. Mais cela devient plus complexe lorsque l’on enseigne une langue romane à des apprenants d’une autre culture (par exemple des apprenants allemands, anglais, néerlandais, grecques, russes, libanais, chinois ou japonais...). Dans ce cas, ce qui était commun à la quasi-totalité des cultures romanes européennes ne l’est plus (par exemple : les heures des repas en Allemagne, l’organisation familiale chinoise, les fêtes russes...).

 

Mais la France, que l’on considère en général comme un pays latin, a-t-elle parmi ses nombreuses fêtes, ses manières d’être, de vivre et d’agir, un aspect culturel qui pourrait servir de passerelle entre sa culture et celle d’un autre pays non roman ? En quoi cet aspect culturel pourrait-il servir la classe de F.L.E. ? Enfin, cet aspect culturel intéresse-t-il seulement les classes de F.L.E. d’apprenants non romans ? Et bien oui, la France a également des aspects culturels communs aux pays européens non-roman et je développerai dans ce dossier le thème de la Saint Nicolas. Cette fête à l’origine religieuse est fêtée dans les départements du Nord, de la Lorraine et de l’Alsace en France et plus fortement en Belgique. Le reste de la France ne connaît pas cette fête et les pays romans européens ne la connaissent pas non plus. Par contre, la Saint Nicolas est célébrée dans neuf autres pays d’Europe de langue et civilisation « non-romane ». Cette fête peut donc servir à la fois de « passerelle » entre les cultures de ces pays et introduire l’aspect francophone dans le cours de F.L.E. (notamment par l’intermédiaire de la Belgique et de la Suisse).

 

Mais avant d’entrer dans les détails de la fête en elle-même et de l’utilisation de cette fête en classe de F.L.E. et étant donné que la plupart des Français ne connaissent pas Saint Nicolas, commençons d’abord par dire qui il est. Le personnage de Saint Nicolas fait référence à Nicolas de Myre, évêque de Myre au IVème siècle. Il serait décédé le 6 décembre 343, victime des persécutions contre les chrétiens sous l’Empire Romain. C’est à partir du Xème siècle que sa vie fut relatée par écrit en Grèce, puis dans le reste de la chrétienté. On remarquera que la plupart des « miracles » attribués à ce saint concerne des enfants :

 

  • Dans sa paroisse de Myre, il aurait sauvé trois jeunes filles de l’esclavage, en offrant secrètement à leur père suffisamment d’or pour qu’il rembourse ses dettes et qu’il offre à chacune de ses filles une dote généreuse.
  • Alors qu’elle se rendait à l’église pour une messe en l’honneur de l’évêque, une mère aurait oublié son fils dans une marmite d’eau (qui servait à l’époque de baignoire), alors que celle-ci se trouvait sur le feu. A son retour, elle trouva son fils sain et sauf jouant dans l’eau bouillante.
  • Un enfant étranglé dans son sommeil par le Diable fut ressuscité par le Saint.
  • Le fils unique d’un bourgeois est ressuscité par le Saint alors qu’il s’était noyé (d’où aussi le fait que le Saint soit le patron des marins)
  • Trois jeunes enfants tués par un boucher sont ressuscités sept ans plus tard par le Saint.

1.    La fête de la Saint Nicolas

 

 

Comme dans de nombreuses autres situations, la célébration religieuse d’origine s’est effacée pour ne laisser place qu’à une célébration populaire. En effet, quelque soit l’endroit où l’on fête la Saint Nicolas, peu de personnes pourront vous dire qui était ce Saint et ce qu’il a bien pu faire de remarquable pour avoir droit à une fête particulière, autant fêté dans les départements du Nord, de l’Alsace et de la Lorraine, en France et dans les autres pays cités précédemment. Par contre, sans aucune hésitation, on vous dira qu’elle est liée aux enfants et que Saint-Nicolas leur apporte des présents aux débuts du mois de décembre. Voyons maintenant plus précisément comment est célébré le Saint Patron des enfants en France, en Belgique et en Suisse.

 

1.1. En France

 

La Saint Nicolas est fêtée le 6 décembre dans le Nord, l’Alsace et la Lorraine. Le Saint est le patron des écoliers, et par extension de tous les enfants (en ce qui concerne les garçons jusqu’à leur majorité, en ce qui concerne les filles jusqu’à leur puberté à partir de laquelle elles seront patronnés par Sainte Catherine). La fête est célébrée différemment selon les régions :

 

o       En Alsace et en Lorraine, le jour de la Saint Nicolas, les enfants reçoivent du pain d’épices, des oranges et des bonbons. Il y a de longs défilés dans les rues et le Saint passe dans chaque école où il remet à chaque enfant sage friandises et petits cadeaux. Saint Nicolas est souvent accompagné du Père Fouettard qui s’occupe de donner des coups de fouet aux enfants pas sages ! Traditionnellement, le Saint est habillé en vert, mais la couleur rouge commence à s’imposer comme dans toutes les régions et pays où on retrouve le Saint.

 

o       Dans le Nord, le jour de la Saint Nicolas, les enfants reçoivent du chocolat, des coquilles (sorte de brioche au sucre) et des clémentines. Le Saint passe également dans les écoles, crèches, centres de jeunes et y partage souvent un goûter généreux en chocolat chaud, coquilles et friandises avec les enfants, qui pour le remercier lui chantent des chansons et lui offrent des dessins[1]. Une autre tradition veut que les garçons forment une farandole dans les rues et bombardent les filles de farine ! Se faire blanchir porterait chance pour l’année à venir ! Mais la fête commence déjà le 5 décembre au soir, lorsque les enfants (pour recevoir des bonbons et des cadeaux) déposent sur la table de la cuisine une assiette avec des morceaux de sucre et une carotte et à côté un verre de lait (ou de vin), pour que le Saint et son âne puissent prendre des forces avant de continuer leur tournée nocturne. Le Père Fouettard est également de la partie et les deux compères sont tellement importants dans la vie de la région qu’ils sont devenus les géants officiels de la ville de Loos (communauté urbaine de Lille).

 

Mais quelle que soit la région, la Saint Nicolas marque le début des festivités de fin d’année : c’est à partir de cette date, par exemple, que les magasins et les maisons se parent des décors de Noël (sapins, crèches, guirlandes...).

 

 

 

1.2. En Belgique et en Suisse.

En Belgique, on raconte depuis le XIIe siècle que Saint Nicolas rend visite aux enfants dans la nuit du 5 au 6 décembre. Les enfants sages reçoivent des cadeaux, des friandises et les méchants reçoivent un coup de martinet donné par le compagnon de Saint Nicolas, le Père Fouettard. Aujourd’hui, les petits Belges envoient des tonnes de lettre au Saint, dans lesquelles ils font leur liste de cadeaux. Et la tradition est respectée : après une chansonnette, les enfants déposent leurs chaussons au pied de la cheminée. Ils préparent un verre de bière pour Saint Nicolas ainsi que des carottes et navets pour l’âne. Saint Nicolas se glisse par la cheminée avec son âne et garnit les petits chaussons de petits cadeaux et friandises diverses : massepain, bonbons, Saint Nicolas en chocolat, spéculoos (biscuits), mandarines, noix... Il avale ensuite rapidement sa bière, son âne croque dans le navet et les carottes et ils repartent bien vite vers les autres cheminées du quartier. Dans certaines maisons, Saint Nicolas vient déjà à partir du premier jour de décembre. Il apporte chaque soir un petit bonbon, si l’enfant est sage, ou un morceau de charbon laissé par le père fouettard. Ce n’est que dans la nuit du 5 au 6 décembre que Saint Nicolas apportera les petits cadeaux.

 

 

En Suisse, le soir du 5 décembre, les habitants se déguisent et défilent dans les rues, accompagnés du Saint Nicolas et de ses Pères Fouettard. La fête de la Saint Nicolas est encore plus importante à Fribourg, parce que le Saint est le patron de la ville. Les gens viennent de tout le pays pour entendre le discours du Saint le 6 décembre.

2. La Saint Nicolas en classe de F.L.E.

 

2.1. Quelles classes de F.L.E. ?

 

La fête de la Saint Nicolas peut naturellement être abordée dans toutes les classes de F.L.E., quel que soit l’âge des apprenants ou leur origine. Tout dépend de l’objectif à savoir : se servir d’une tradition commune aux apprenants et à une partie de la communauté francophone pour relier ces deux cultures ou faire découvrir une tradition que les apprenants ne connaissent pas pour élargir leurs connaissances du monde francophone. Dans le premier cas, il s’agira donc des apprenants originaires de Belgique, des Pays-Bas, de l’Allemagne, du Luxembourg, de la Pologne, de la Suisse, de la Grèce, de la Russie et de la Turquie. Dans le second cas, il s’agira des apprenants originaires de tous les autres pays du monde.

 

2.2. Quand introduire la fête dans la classe de F.L.E. ?

 

Comme je le dis depuis le début de ce dossier, il me semble important dans l’enseignement d’une langue étrangère de partir des points communs pour aller vers les différences, l’exotisme. L’introduction de la fête de Saint Nicolas dans le cursus de l’apprentissage ne se fera donc pas au même moment pour tous : elle sera au début de l’enseignement / apprentissage dans les pays où cette fête est connue et elle interviendra plus tard dans les autres pays. Par contre, le meilleur moment de l’année pour en parler est le même pour tous : au début du mois de décembre. En Belgique comme ailleurs, la Saint Nicolas marque le début des festivités de Noël. Pour exemple, en décembre 2005, l’école primaire Les Coquelicots de Comines (ville française frontalière de la Belgique flamande) a accueilli Sinterklass (Saint Nicolas en néerlandais) et Zwartepiet (l’Homme Noir, soit le Père Fouettard) dans le cadre des cours de Néerlandais[2].

 

2.3. Comment introduire la fête dans la classe de F.L.E. ?

 

L’avantage principal de cette fête est qu’elle est largement présente dans la presse régionale pendant les deux premières semaines de décembre (Nord Eclair, la Voix du Nord, L’Est Républicain, Les Dernières nouvelles d’Alsace). Des livres de contes et d’histoires pour enfants et de nombreux sites Internet parlent aussi de cette fête, comme www.joyeuse-fete.com/saint-nicolas et www.teteamodeler.com/culture/fetes/ind-nico.asp. Il existe également de nombreuses comptines et chansons qui célèbrent le Saint. La plus connue d’entre elles est sûrement celle reprise par Henry Dès intitulée « La Légende de Saint Nicolas »[3].


3. Conclusion

 

 

La fête de la Saint Nicolas, bien que peu connue en France, peu donc trouver une place dans l’enseignement du Français Langue Etrangère, Français Langue Seconde et pourquoi pas Français Langue Maternelle. Elle permet d’approcher une réalité francophone dirons-nous, soit en servant de passerelle entre la culture d’origine et la culture francophone, soit en servant d’illustration exotique (dans son sens de différent). Il s’agit en effet d’une tradition suffisamment ancrée dans la vie des habitants de trois départements français et de deux pays francophones pour pouvoir trouver sa place dans les manuels et les classeurs des élèves.

 

Pourtant, aucun manuel à ma connaissance ne mentionne cette fête, alors que l’on trouvera mentionnée « la Sainte Catherine », dans plusieurs d’entre eux. Cela vient probablement du fait que la Saint Nicolas est mal connue des professeurs de F.L.E. et des concepteurs de manuels. Les maisons d’éditions se trouvant hors des régions concernées (CLE International dans le Sud-Est, Hatier et Didier à Paris). Il nous suffit de prendre l’exemple de la fiche pédagogique « Les fêtes et les jours fériés en France » de Frédéric Pugnière-Saavedra parue dans le numéro 342 du Français dans le monde (novembre-décembre 2005, page 87) : on y retrouve une quantité de fêtes françaises mais pas la Saint-Nicolas.   Il serait donc temps de prendre conscience de l’existence de cette fête ainsi que de l’intérêt pédagogique que l’on peut lui attribuer dans les classes de langue et de civilisation française, en lui laissant la part qui lui revient.


4. Documents annexes.

 

4.1. Paroles de chansons et de comptines enfantines

 

o       En France, on entend les chansons suivantes :

 


Chanson d’Henri Dès

La légende de Saint Nicolas

 

{Refrain :}
Ils étaient trois petits enfants
qui s'en allaient glaner aux champs.

Ils sont allés chez le boucher

-"Boucher, voudrais-tu nous loger ?"
-"Entrez, entrez, petits enfants,
y a de la place assurément."

Ils n'étaient pas plutôt entrés
que le boucher les a tués,
les a coupés en p'tits morceaux,
mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas au bout d'sept ans,
vint à passer dedans ce champ.
Alla frapper chez le boucher :
-"Boucher, voudrais-tu me loger ?"

-"Entrez, entrez Saint Nicolas,
Y a de la place il n'en manque pas".
Il n'était plutôt entré
qu'il a demandé à souper.

-"Voulez-vous un morceau d'jambon ?"
-"Je n'en veux pas, il n'est pas bon".
-"Voulez-vous un morceau de veau ?"
-"Je n'en veux pas, il n'est pas beau.

Du p’tit salé, je veux avoir,
qu'y a sept ans qu'est dans l'saloir".
Quand le boucher entendit ça
hors de sa porte, il s'enfuya.

-"Boucher, boucher, ne t'enfuis pas.
Je suis le bon Saint Nicolas"
Et le Saint étendit trois doigts
Les p’tits se lèvent tous les trois.

Le premier dit : "J'ai bien dormi";
le second dit: "Et moi aussi";
Et le troisième répondit:
"Je croyais être en Paradis!"

 


 

Henri Dès (pour l’état civil Henri Destrat) est un chanteur d’origine suisse est né le 14 décembre 1940. Il écrit et produit lui-même ses chansons et se produit devant les enfants en France, en Suisse, en Belgique, et au Québec.


 

 

 

Chanson des enfants sages

 

Saint Nicolas mon bon patron

Apporte-moi quelque chose de bon

Des sucettes pour les fillettes

Des bonbons pour les garçons

 


o       En Belgique on entend les écoliers chanter...

O grand Saint Nicolas patron des écoliers,

Apporte-moi des pommes dans mon petit panier.

Je serai toujours sage comme une petite image,

J’apprendrai mes leçons pour avoir des bonbons.

Venez, venez Saint Nicolas

Venez, venez Saint Nicolas

Venez, venez Saint Nicolas

Et tra la la...

 

4.2. Recette de la Saint Nicolas

Recette classique du speculoos
Ce biscuit des Flandres est offert traditionnellement aux enfants à St Nicolas. Les spéculoos accompagnent très souvent le café servi dans les brasseries et restaurants. Le nom spéculoos viendrait du latin "species" qui signifie épices.
Ingrédients :
  • 500 g de farine
  • 150 g de beurre
  • 1 œuf
  • 300 g de cassonade brune
  • 1 cuillerée à café de mélange d'épices (cannelle et girofle moulu). 

 

Préparation :

  1. Dans un grand bol, mélangez délicatement la cassonade, le beurre, les épices et l'œuf.  Incorporez progressivement la farine.  
  2. Lorsque la pâte est épaisse, faites plusieurs morceaux.
  3. Saupoudrez un moule de farine.
  4. Remplissez-le de pâte et éliminez ce qui dépasse avec un petit couteau (un couteau suisse par exemple). 
  5. D'un geste sec, retournez le moule sur une plaque de cuisson graissée.  Recommencez l'opération avec les autres morceaux de pâte. 
  6. Enfournez la plaque au four préalablement chauffé à 175°.
  7. Laissez cuire environ 10 minutes.
  8. Laissez reposer la pâte environ 24 heures, elle sera meilleure.

 

Bibliographie

 

§        Livres

-    STRICH Marie-José, La Légende de Saint Nicolas – Ed. Ouest France, 1998

-   DE LA CLERGERI Catherine, A la Saint Nicolas – Ed. Desclée de Brouwer, 2003

 

§        Presse

-    Nord Eclair des 2, 6, 8, 11 et 12 décembre 2005

 

§        Sites Internet

-   www.joyeuse-fete.com/saint-nicolas

-   www.teteamodeler.com/culture/fetes/ind-nico.asp

-   http://users.skynet.be/la_cuisine_belge/speculoos.htm



[1] Cf. les articles de presse du journal « Nord Eclair » à la fin du dossier.

[2] Cf. l’article de presse « Sinterklass et Zwartepiet chez les enfants sages » à la fin du dossier (4.1.)

[3] Cf. les paroles à la fin du dossier (4.2.)

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